NOSTALGIA / AL
Après 40 ans d'absence, Felice Lasco retourne dans sa ville natale : Naples. Il redécouvre les lieux, les codes de la ville et un passé qui le ronge.
Nostalgia est l’adaptation du roman éponyme écrit par le
journaliste Ermanno Rea. A mi-chemin entre la chronique sociale et le film de
mafia, Nostalgia, réalisé par Mario Martone atteint une certaine forme de grâce à travers la tragédie
existentielle que le film se propose de nous montrer.
L’histoire de déroule donc à Naples. Véritable personnage à
part entière, Naples et plus particulièrement le quartier de la
Sanità sont omniprésents durant tout le film. Il s’agit d’ailleurs du troisième film consécutif tourné par Mario Martone à Naples. On y suit ici le personnage
de Felice Lasco qui, après avoir fui la ville pendant sa jeunesse suite à un
larcin, revient chez lui après plus de 40 ans d’absence.
La magie Mario Martone se met alors en progressivement en place :
pour exprimer les déchirures intérieures de Lasco, le film montre tout le long
des éléments qui se contredisent. Lasco est partagé entre sa terre d’adoption
(l’Egypte) et sa ville natale, entre son épouse qui l’attend au Caire et sa
mère âgée qui vit dans le quartier de la Sanità, entre l’Islam de son pays d’adoption
et le catholicisme de l’Italie, entre sa langue natale et l’arabe. Autant d’éléments
qui illustrent deux identités qui se contredisent. A cela s’ajoute un jeu de
temporalité saisissant. Ce retour aux sources permet à Lasco de replonger dans
son passé. Ou comment le bourgeois qu’il est devenu se confronte à son passé de
malfrat. Cette redécouverte de son passé s’effectue durant de nombreuses
déambulations dans les ruelles de la Sanità. Toute l’ouverture du film y est
consacré. Le maestro Mario Martone alternant plans moyens dans lesquels nous
suivons Lasco dans les ruelles et plans d’en haut qui encadrent le paysage en
révélant une foule de détails.
Autre contradiction, et pas des moindres, la convergence de Lasco vers deux personnages antagonistes : le prêtre Don Luigi, et Oreste, son ami d’enfance devenu parrain de la pègre locale. Cette double convergence se caractérise par une attirance de Lasco à la fois vers Don Luigi et les valeurs qu'il véhicule, à savoir l’ouverture au monde et à la vie, et vers ce sentiment de défaite et de fin de parcours caractérisé par le personnage d'Oreste. Finalement Lasco navigue tout le long du film entre ces deux pôles que sont d’un côté le bien, de l’autre la perdition. Les temporalités s’entrechoquent encore avec un Don Luigi qui appartient au présent et un Oreste qui est un homme du passé. C’est ici que se niche la tragédie du film.
Du côté de l’interprétation, Pierfrancesco Favino est comme
souvent maintenant, au sommet de son art. L’interprétation d’Oreste par Tommaso Ragno (acteur que je découvre
avec ce film) est absolument titanesque.
A la sortie de la salle, je prends souvent le temps de discuter un peu avec les spectateurs (ceux qui trainent un peu pendant le générique de fin notamment). L’enthousiasme était saisissant. Certains ont cependant trouvé l’ouverture du film un peu longue. C’est pour moi la partie la plus réussie, avec notamment de merveilleux plans de Lasco au chevet de sa mère. D’autres ont pu trouver la fin prévisible. Je suis assez d’accord sur ce point mais cela ne m’a absolument pas gêné, bien au contraire. Mario Martone nous donne les clés de son intrigue lors de la rencontre entre Lasco et Oreste qui intervient au 2/3 du film, c’est une séquence absolument bouleversante, empreinte de tension et révélatrice de la tragédie qui se joue devant nous.
C’est donc avec enthousiasme que je vous recommande
Nostalgia. Vous y verrez de grands acteurs dirigés par un réalisateur très
inspiré.
AL
PS : Le livre d’Ermanno Rea fait la part belle à Don
Luigi, personnage qui a vraiment exercé dans le quartier de la Sanità et qui
a consacré une partie de sa vie à la lutte contre la pègre, en favorisant l’accès
au sport et à la culture pour les plus jeunes.





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